Articles par Ariane Beaudin

Étudiante à temps plein et poétesse à ses heures perdues aussi.

Une synthèse de tant de voix : le métamodernisme

Je me souviens de mon premier cours de sociologie. Monde contemporain, c’était le nom dudit cours. Je me rappelle de l’excitation de la jeune étudiante que j’étais, tout heureuse d’enfin parler de mon époque après un long cursus de cours d’histoire qui, bien qu’intéressant, me laissait sur ma faim de mieux comprendre le contexte dans lequel je grandis.

Rapidement, j’ai dû m’habituer à la démarche structurée de la sociologie qui ne me convenait qu’à moitié. La part rationnelle de moi l’aimait bien, mais l’autre part intuitive n’a pas réellement accroché, ce qui fait que je me souviens très peu, dans les faits, de comment disséquer une situation d’une manière sociologique. Cependant, je n’ai pas perdu les grandes idées qui m’ont ouvert les yeux.

Oui, je me souviens du protoréconfort que j’ai ressenti lorsque l’on examinait l’éclatement du modèle familial. Enfin, que je me disais, quelque chose qui soutient mon expérience personnelle, quelque chose qui me rappelle que je ne suis pas la seule à subir les divorces parentaux, les manques de repères, etc. Je me souviens quand le concept de post-modernisme a cessé d’appartenir uniquement à l’histoire de l’art et a pu commencer à enrichir ma perception du monde.

Le post-modernisme avait quelque chose d’alléchant : pour moi, il aura brisé la glace des idées figées. Il m’aura permis de comprendre (à retardement peut-être?) que le monde change décidément et que les manières de l’analyser doivent décidément changer avec lui.

C’est un article de Hanzi Freinacht appelé Metamodern Values for a Listening Society qui a fait resurgir à la surface de ma mémoire ce concept, qui m’en a fait saisir l’importance, mais aussi sa désuétude malgré la jeunesse de l’idée.

Comme le nom l’indique, l’on parle de métamodernisme dans l’article en question. Qu’est-ce que c’est? Une approche au monde qui s’inscrit dans la recherche de solutions concrètes plutôt que dans le ressassement des problèmes. En d’autres mots, le métamodernisme réfléchit à la construction après la destruction tandis que le post-modernisme était essentiellement consacré à la destruction (un «buffet à volonté de critique», en quelque sorte). On peut également ajouter que le métamoderne est essentiellement ouvert. Ouvert à la multiplicité des points de vue, ouvert aux idées du passé comme celles éminemment nouvelles. Ouvert aux autres, à l’écoute des autres.

Dans le titre, vient aussi l’idée de Listening Society. Tant de gens le clament à partir de différents lieux : la déconnexion est partout, au sens que nous n’avons plus le temps, l’attention, la culture qui prônent l’écoute. Que ce soit l’écoute de soi, de l’autre, de l’environnement. Que l’écoute vienne de nous, de nos collègues de travail, de l’entreprise qui nous embauche, de la société, du gouvernement. L’écoute doit revenir.

Dans le livre que je lisais, The Earth Path de Starhawk, l’auteure rapportait les paroles d’un homme inspirant. Il disait que « [pour lui] la spiritualité était simplement la communication avec d’autres personnes en communauté» (traduction libre). Je trouvais cela très beau.

Ceux qui me connaissent savent bien que je crois que la «mort» de la communauté est plus que préoccupante et qu’il faut la faire revivre de ses cendres. Ils savent aussi que le retour de la spiritualité — ou le travail intérieur, la contemplation — est selon moi tout aussi important.

Bref, le métamodernisme inclut beaucoup des idées qui me tiennent à coeur et les organise d’une manière très intelligente. C’est pourquoi je vous partage cette invention d’Hanzi Freinacht. Le but de mon article n’est pas de synthétiser sa théorie (cela donnerait un article assez volumineux… et je n’ai point le temps de l’écrire et vous n’avez peut-être pas le temps de le lire). Le but est simplement de vous informer de l’existence de celle-ci, de cette synthèse de tant de voix qui percent ça et là avec leur petit bout, leur petite version de la sagesse dont le siècle a besoin.

Je vous laisse sur cet extrait du texte de Freinacht qui, peut-être, vous interpellera et vous inspirera à lire l’article du philosophe dans son entièreté.

A relatively easy way to recognize yourself as a metamodernist is if nobody else seems to agree with you; if you speak out, people on the left think you are a neoliberal trader, people on the right think you are a crazy Marxist, spiritual people think you are an over-intellectual egghead, and academics think you are a hippie. If you have very few friends, it means that you are off the normal charts of values. Which either means you are crazy or you are in another strand of values, and the value combination that you have doesn’t compute in the cognitive schema of other people. […]

Metamodern values are the values of the internet society, which are multiplicity and development, and which do not only try to see from other perspectives, but also try to gather as many perspectives as possible and have solidarity for people of all perspectives. That’s the pathway forward. The world isn’t going to change into everybody agreeing with you, and that’s probably a good thing.

 

La poésie derrière la GGI

Petit article différent de ce que je publie habituellement.

Avant d’être une étudiante, avant d’être représentante de mon programme, avant tout, je suis une poétesse.

Je relisais des vieux poèmes écrits durant mon BAC en Relations internationales et droit international et je me suis mise à sourire  lorsque sous mes yeux passait le mot «jurisprudence». Deux ans plus tôt, ce mot n’aurait eu aucune chance d’apparaître dans l’un de mes poèmes d’amour.

Cela fait maintenant cinq semaines que j’étudie en informatique et je remarque déjà l’influence sur ma poésie. Il fallait s’y attendre : la technologie est un sujet incontournable quand l’on commence à réfléchir… sur à peu près n’importe quel enjeu.

Les mots comme «algorithme», «algèbre», «programme» prennent un sens nouveau, un sens plus intime dans mon monde intérieur grâce à mon immersion réelle dans ce nouveau monde. J’ai espoir que ces termes «modernes» aideront à ramener la sagesse intemporelle de la poésie dans le moment présent.

 

Je n’étudie pas n’importe où : j’étudie au Cégep du Vieux-Montréal, endroit historiquement revendicateur. Ayant décidé de m’impliquer dans la vie étudiante, je n’ai pas eu le choix d’affronter la question de la grève générale illimitée qui pourrait se profiler. Étant dans une technique, la situation est des plus inconfortables : en effet, les techniques ne veulent habituellement pas perdre du temps de cours (car le temps en atelier est précieux, car plusieurs sont pressés de se rendre sur le marché du travail…), mais celles-ci seraient les essentielles bénéficiaires des stages rémunérés au collégial.

Ayant étudié de 2015 à 2017 au CVM, j’ai déjà eu l’occasion d’entendre les fameux débats entourant les grèves. Par le passé, j’ai généralement préféré l’abstention quand il était question de voter sur le sujet. Pourquoi? Tout simplement parce que j’ai une grande foi dans le mouvement étudiant et dans leurs causes, mais que je doute encore de l’efficacité de la grève comme outil de revendication.

Aujourd’hui, j’ai encore la même position. En tant qu’observatrice relativement neutre, j’ai vu des clans se former, des clans qui se détestent encore plus qu’avant.

 

Tandis que l’AGECVM a comme mandat d’organiser une assemblée générale de grève (et non d’organiser une grève), des gens s’organisent pour empêcher la tenue de cettedite assemblée. Cette démarche me rend triste et heureuse à la fois. Heureuse, parce que cela montre que des gens qui n’ont pas l’habitude de se mobiliser entreprennent des démarches de mobilisation (et y parviennent). Triste, parce que je trouve la démarche antidémocratique, motivée par l’individualisme.

Au fond de mon coeur, je ne crois pas que cette grève générale illimitée est pertinente depuis que les étudiants en éducation à l’UQAM ont eux-mêmes mis un frein à leur entreprise.

Je trouve aussi dommage que les budgets des programmes et comités thématiques n’aient pu être voté à la dernière assemblée générale parce qu’il y avait un éternel dialogue de sourds entre les progrèves et les antigrèves. Ce budget qui n’a pas été voté, c’est la vie étudiante, c’est les projets qui font du Cégep du Vieux-Montréal plus qu’un cégep ordinaire.

 

Cette incompréhension mutuelle  (ou ce non-désir de compréhension mutuelle) m’aura grandement marquée. Sur le coup, le constat m’aura fait un peu de mal : il était comme une gifle sur mes rêves humanistes, sur mes convictions que l’être humain veut connecter avec les autres plutôt que de vivre dans sa tour d’ivoire. Ensuite, j’ai réussi à voir le positif. C’est que dans cette guerre étudiante, il y a des défis à relever, qui méritent d’être relevé je dirais même. Il y a des personnes en or qui ont le potentiel de devenir des médiateurs et qui peut-être deviendront des médiateurs grâce à cette crise. Dieu sait que la société a besoin de médiateurs.

Devant cette incompréhension et ces potentiels médiateurs donc, je me suis sentie inspirée. J’ai rédigé deux poèmes à ce propos. Les voici :

il n’y aura jamais d’algorithme
pour combler le fossé
de l’incompréhension
humaine
l’incompréhension
des âges algébriques
qui habitent nos corps
et nos idées
non il n’y en aura jamais
de panacée
mais il y aura toujours
des gens qui aiment les mots croisés
qui ont soif de l’eau tumultueuse des autres
et qui un jour arriveront
à transformer l’eau
en vin de blanc de la paix

 

l’improgrammable
l’étranger qu’on ne peut
comprendre
l’étranger le voisin
le frère la mère
la nuit
l’humanité apprend d’elle-même
et non des livres
la sagesse s’écrit
sur les drapeaux blancs
mais peut-être sont-ils trop hauts
oiseaux instruits
hommes et femmes qui ne les
écoutent pas
rendus sourds par le passé
qui résonne comme le futur

l’improgrammable
l’avenir l’amour
le programme s’écrira
toujours en s’effaçant
[le bas du sablier n’est pas
trop tard il est le présent]

Apprendre à travers la méditation

À force d’écouter des podcasts, j’ai constaté que la méditation devenait une pratique de plus en plus commune chez les artistes et entrepreneurs en tout genre.

Ça a commencé comme ça. Je me suis mise à la méditation sans m’attendre à grand-chose.

Au début, des méditations guidées telles que celle de Boho Beautiful ou de Late Blooming Light Worker qui sont centrées sur le rééquilibre des chakras m’ont apporté beaucoup de bien-être. Je me sentais intimidée par le silence, par l’action de méditer seule, immobile quand j’ai commencé.

D’une certaine façon, je me sens encore intimidée par cette pratique. Parfois, m’imaginer devoir rester complètement immobile pendant 20 minutes m’angoisse.  Pour remédier à cette situation, souvent, je vais enchaîner deux séances de 10 minutes. Parfois, je vais en rajouter une troisième, parce qu’une fois dans la zone, je me sens bien.

 

Je suis une personne qui a toujours voulu être productive. Jouer à des jeux vidéos ou regarder des séries télévisées m’apporte plus de culpabilité que de plaisir. Ainsi, je m’étonne encore de me voir maintenant passer la plupart de mes temps libres à simplement observer ma respiration.

Par le passé, j’étais si fière d’avoir toujours un livre sous le nez. Des romans, je suis passée à la non-fiction et ma fierté intérieure n’en était que plus grande : après tous, j’étais une personne intellectuelle et engagée avec tous ces essais sur le monde des possibles dans la tête. Aujourd’hui, j’essaie de consommer tout plus lentement. Livres y compris.

Il ne faut pas se méprendre : j’aime encore les livres, oui, je les aime d’amour. D’ailleurs, je viens de découvrir le monde de la permaculture et je suis émerveillée par tous les livres qui existent sur le sujet. C’est que j’ai compris, à force d’explorer tous les genres, tous les médiums, que la curiosité peut parfois nous faire à la fois du bien et du mal. À vouloir tout apprendre, on se perd.

J’ai toujours privilégié la pluridisciplinarité et une partie de moi a encore envie de toucher un peu à tout plutôt que de me spécialiser. Cependant, la question n’est pas de se spécialiser ou de ne pas se spécialiser.  Le problème qui fait surface prend la forme de plusieurs questions. Qui suis-je ? Qu’est-ce que je veux faire de ma vie ? Quel est mon bagage personnel, ici et maintenant ? L’on a tendance à se distraire de l’essentiel.

 

À travers la méditation, je me suis tournée vers l’intérieur. J’ai commencé à observer tout ce que j’ai absorbé par le passé à coup de lectures, de rencontres, de blessures. J’ai commencé à arrêter de chercher ailleurs des réponses que je devais trouver à l’intérieur.

En effet, même si telle philosophie est l’une des plus intéressantes du monde, même si le parcours de tel individu est des plus inspirants, l’on ne peut vivre des théories ou la vie des autres. L’on ne peut croire que quelque part dans un livre est tracé le chemin que l’on doit suivre, car nous sommes tous des personnes totalement uniques.

À travers la méditation, j’ai redécouvert la peur quand j’ai découvert que j’étais perdue. J’ai découvert pour la première fois que je m’en voulais de ne pas savoir dans quelle direction aligner ma vie et j’ai décidé de commencer un long travail de compassion. Compassion envers moi-même, envers la personne que le passé a forgée.

J’ai décidé d’accepter cette personne à part entière, tout en la laissant derrière. Nous avons tous un potentiel immense derrière nos fardeaux, qui sont parfois imaginaires. Nous ne devons pas avoir peur du présent ou du futur, ni même du passé.

Évidemment, il faut travailler dur pour y arriver. Il faut passer beaucoup de temps à ne pas y arriver totalement avant de sentir vraiment libre de toutes les chaines que nous avons mises à notre esprit, à notre cœur. Oui, il faut beaucoup de temps pour accepter que, même dans la paix, la confusion continuera d’exister.

Lentement, mais sûrement, on verra avec clarté les leçons que nous aurions dû apprendre et nous les appliquerons alors à nos vies.

Je suis certaine que, un beau jour,  nous aurons le courage d’accepter que nous sommes les meilleurs professeurs que nous pourrions avoir.

Comment je perçois l’école aujourd’hui

Samedi 15 décembre. Je me retrouve entourée de nouveaux collègues de travail. La saison commence chez Pente à neige, centre de plein air urbain. C’est la pause du midi. À ma gauche, une bande de jeunes qui ont beaucoup de plaisir : je ne peux pas croire qu’ils ne se connaissaient pas avant aujourd’hui. À ma droite, des gens plus âgés et deux jeunes hommes qui parlent. À ma gauche immédiate, une jeune femme sur son téléphone et devant, une autre qui dessine. J’observe, ne voulant pas lire mon livre, cherchant une manière de connecter avec ses inconnus que je vais côtoyer au cours des prochaines semaines.

Rapidement, je constate que ma meilleure chance de socialisation repose devant moi. Je complimente la dessinatrice et la questionne sur son art. À un certain point, elle me dit qu’elle aimerait faire de la bande dessinée, voire transposer ses dessins en animation. Sans même m’en rendre compte, me voilà en train de vanter la technique de dessin animé du Cégep du Vieux-Montréal. Pas super pour une personne qui dit que le système d’éducation ne fonctionne pas. À cette suggestion, mon interlocutrice se fâche. Ayant apparemment vécu des mauvaises expériences par le passé, elle dit que l’école n’est pas un bon endroit pour apprendre. Elle préfère apprendre par elle-même.

C’est donc avec surprise que je vois cette conversation devenir une remise en question pour moi. Je me rends compte alors que les institutions sont encore dans ma tête l’archétype par excellence pour apprendre.

 

Dans une autre conversation avec un ami, celui-ci me dit qu’il faut «s’émanciper de l’école». Aussi intelligent que cela puisse paraître – et aussi aligné avec mes valeurs que cela puisse être –, ici également, je reste surprise.

En fait, je constate que, maintenant que ma rage est derrière moi, j’ai fait la paix avec le système d’éducation. En réalité, j’ai simplement une perception nouvelle de l’affaire.

Comme je l’ai déjà évoqué dans cet article, je retourne aux études cet hiver. J’ai décidé de quitter mon baccalauréat en Relations internationales et droit international pour une technique intensive en informatique au collégial. J’aurais pu apprendre l’informatique par moi-même vu l’immensité de ressources en ligne, mais j’ai privilégié le cégep, notamment à cause de la possibilité de réseautage que cela comprend.

En effet, je suis bien décidée à faire de mon an et demi sur les bancs d’école un moment rempli de connexions humaines. Je veux me faire de nouveaux amis, je veux établir de vraies relations avec mes enseignants et – qui sait – je vais peut-être même me faire des contacts dans l’industrie.

Après un bon 8 mois hors des institutions scolaires, je me rends compte que je me suis malgré moi isolée. Dans le cercle vicieux des jobs étudiantes, on ne rencontre pas toujours les perles rares tandis que, dans un programme que l’on a choisi de plein gré, on a plus de chance de rencontrer des gens avec des idées et des valeurs similaires aux siennes. Ainsi, c’est une des raisons pourquoi maintenant je rêve de faire un DEP en horticulture après mon DEC : pour rencontrer des gens qui aiment la nature et qui sont sensibles à sa beauté.

Donc, le fait que je vois désormais les institutions scolaires comme un lieu de rencontre est l’une des manières dont ma perception est altérée. Cependant, ce n’est pas tout.

 

Bien que je suis consciente de la persistance des problèmes du système (vous pouvez consulter le manifeste à ce sujet), je ne m’en soucie plus autant, du moins en ce qui concerne mon expérience propre. Laissez-moi m’expliquer. Je pense que c’est encore problématique que les coûts universitaires soient faramineux. Je crois encore que les méthodes d’évaluation ne représentent pas réellement si l’on a appris ou non la matière donnée. Je crois encore que l’approche pédagogique générale laisse à désirer.

Toutefois, je ne me sens plus victime de cela. Comme je n’arrive plus la tête pleine de rêve, l’affaire est moins dangereuse. Consciente des lacunes, je prends mon éducation en charge malgré mon appartenance à une institution. Dans un monde idéal, oui, c’est le professeur qui m’apprend. Cependant, nous ne sommes pas encore dans un monde idéal. Ainsi, le professeur, le cégep, les tuteurs, etc. sont des outils avant toute chose.

Bref, maintenant je vois les instituions scolaires comme des ressources de grande valeur, mais qui ont un potentiel uniquement lorsque l’élève prend en charge son parcours et ses apprentissages.

Pour cela, il faut une grande maturité. Les jeunes qui débarquent du secondaire ne l’ont sûrement pas. Les nouveaux étudiants de l’université peut-être pas non plus. C’est pourquoi c’est encore une importante problématique, mais c’est aussi pourquoi je ne vais pas me priver de l’expérience que celles-ci peuvent m’apporter.

 

Bien sûr, au fond de moi, j’aimerais que l’on vive dans une société où l’on s’émancipe de l’école telle qu’on la connaît. Je ne crois pas que l’État a nécessairement son mot à dire sur ce que tout un chacun doit apprendre. Je crois que l’éducation doit être décentralisée et guidée par la curiosité de chacun. Et je crois que c’est possible de vivre cette version de l’éducation aujourd’hui en 2018.

L’ère numérique nous donne accès à tant de ressources. Les livres électroniques, les balados, les chaînes Youtube éducatives pullulent. Je crois que, tant que nous prendrons le temps de partager nos idées et de partager nos connaissances avec les autres, notre lutte parallèle ne sera pas perdue.

L’avenir de notre français

Je n’ai jamais été pour l’indépendance du Québec, même si j’aime le Québec d’amour. C’est que j’aime tout aussi fort la langue française. Sans le Québec, qu’arrivera-t-il aux autres minorités francophones ?

À cette question, certains de mes amis indépendantistes m’ont rétorqué que ces minorités francophones n’existaient plus. Au retour d’un mois de voyage à travers les provinces maritimes, je peux dire qu’à l’Est, ils existent encore. Le Nouveau-Brunswick, à sa frontière avec le Québec et dans les environs acadiens, parle français. Dans les profondeurs de la Nouvelle-Écosse, des habitants, à la vue de la plaque du Québec sur mon véhicule, ont joyeusement commencé à me parler en français. J’ai vu des femmes venant des provinces anglophones marier des hommes québécois et apprendre le français, créant par la suite des familles où l’anglais et le français se mélangent sans peine çà et là.

Les déboires des Franco-Ontariens ont quelque chose de positif à mes yeux. Tout d’abord, il rappelle aux Québécois moyens qu’il n’est pas le seul à parler français. Ensuite, le tout fait ouvrir les yeux aux jeunes d’aujourd’hui : comme le fait remarquer Philippe Léger, c’est la première fois que ceux-ci sont confrontés à la fragilité de la langue française.

Moi-même, je fais partie de ces jeunes qui n’ont vraiment jamais vu le débat sur la langue française comme quelque chose d’important. Et pourtant, le français est une passion pour moi depuis toujours. J’écris en français depuis que je sais écrire – la poésie est ma vocation la plus profonde – et je lis des livres en quantité industrielle depuis que je sais lire.

J’ai essayé d’apprendre l’espagnol, l’arabe, l’allemand et le japonais. Et j’ai bien sûr appris l’anglais. Je sais reconnaître la beauté distincte d’une langue et s’il y a bien une chose dont je suis certaine, c’est que la langue française est une langue magnifique. J’ai eu des phases où j’ai écrit de la poésie en anglais (mon partenaire était alors plus à l’aise avec la langue anglaise), mais au final, rien n’est plus beau qu’un poème en français, à l’exception peut-être d’un poème multilingue.

Ainsi, j’en conviens : le français est parfait pour la poésie. Il est aussi parfait pour les textes académiques. Je tire un grand plaisir à écrire des dissertations et des essais dans ma langue maternelle : la structure riche me permet des constructions savantes, des manières variées de reprendre l’information et beaucoup de façons de faire progresser mes idées.

Lorsque j’arrive pour rédiger un article pour mon blogue, c’est autre chose (petite preuve à l’appui). Trouver un titre vendeur en français et qui sera bien classé sur les moteurs de recherches est un défi. Parler de technologies ou de sujets très actuels en est un aussi : plusieurs termes devront nécessairement être dits en anglais, car non traduits jusqu’à maintenant. Qui plus est, les recherches nécessaires à un article approfondi sur un sujet récent se font presque toujours en anglais. Il est souvent difficile de résonner en français dans sa propre tête lorsque tous nos mots-clés sont en anglais.

Lorsque je passe du temps avec mes amis, il est également difficile de m’exprimer entièrement en français et d’une manière riche. Surtout lorsque je sais que ceux-ci sont tout à fait bilingues.

Et la vérité est que je tire un grand plaisir de m’exprimer en franglais. Ainsi, j’ai le meilleur des deux langues que je maîtrise. J’ai une richesse nouvelle, même si plusieurs vont voir dans mes phrases un massacre du français plus qu’autres choses.

Ce que j’ai à dire ici est que l’on ne peut pas blâmer le locuteur moyen de parler franglais. Le français n’évolue pas assez vite, et lorsque l’on ajoute des mots aux dictionnaires, souvent, cela fait grincer des dents. On ne peut pas en vouloir non plus aux académiciens qui choisissent les mots nouveaux. C’est la structure intrinsèque du français qui ne colle pas à notre monde au rythme effréné. Après tout, les Français de France n’ont jamais eu honte de leurs anglicismes, pourquoi blâmer les Québécois d’ajouter les expressions colorés de leurs voisins ?

Le français québécois a longtemps été le joual. Ce joual, critiqué par les élites, décrié comme une paresse de prononciation, un blasphème, est loin de ce que l’on parle aujourd’hui, du moins dans les grandes villes. Le français québécois, du moins celui de Montréal, va évoluer en français multilingue nécessairement. Il faut encourager cela, plutôt que de se recroqueviller sur soi-même en craignant une «nouvelle invasion».

Mais qui dit français multilingue dit encore français à la base. Ainsi, il faut effectivement une maîtrise du français. Il faut encore des textes académiques écrits en français, des cours donnés en français, etc. Cependant, il ne faut pas blâmer le commun des mortels de s’exprimer autrement au quotidien.

Comment convaincre que le jeu en vaut la chandelle ? Que cela vaut la peine d’apprendre le français, cette langue complexe, si ce n’est que pour des situations précises et que l’on peut s’exprimer comme l’on veut le reste du temps, et ce, sans sanction ? C’est en montrant la beauté de la langue et cela passe par la culture.

Nous devons ramener à la vie notre culture québécoise. Nous avons besoin d’un nouveau Jean Leloup. Nous avons besoin d’une littérature à notre image (et des lecteurs surtout!) Nous avons besoin d’une culture inclusive, une culture qui donne envie de participer. Nous avons besoin qu’on nous rappelle qu’il peut faire bon de créer en français aussi.

Et si la culture québécoise n’arrive pas à renaître de ses flammes, peut-être devons-nous mettre nos espoirs dans une culture pancanadienne francophone.

Ce n’est pas faux, que le français est d’une certaine manière en danger. L’anglais est devenu sans surprise la langue du commerce ; il est devenu l’esperanto malgré nous. Toutefois, la peur ne sera jamais la solution.

Une petite histoire digne de Kafka et mon rire jaune devant la politique environnementale de la CAQ

Les élections provinciales de 2018, pour moi, c’était la première fois que je pouvais voter. Comme une bonne citoyenne, j’ai fait les démarches nécessaires pour m’enregister dans mon nouveau comté — Verdun — avec l’excitation de pouvoir éventuellement voter pour le Parti Vert du Québec. Pour effectuer mon changement d’adresse, je me retrouve dans un sous-sol d’église réaménagé temporairement. L’affaire, apparemment toute simple, s’éternise : le réseau d’Élections Québec fonctionne mal depuis quelques jours, ralentissant le processus. Ainsi commence mon aventure kafkaienne.

Comme le système ne répond plus, les informations de mon copain et moi sont transcrites sur un formulaire papier qui sera plus tard compilé dans l’ordinateur. Nous quittons l’endroit avec notre copie du formulaire. Je ne me rends pas compte à ce moment-là qu’il y a une erreur sur l’année de ma naissance (il est inscrit 1996 plutôt que 1998). J’ai hâte de voter dans trois jours, espérant que le Parti Vert pourra avoir au moins un siège.

 

Jour du vote. Dans l’école secondaire près de chez moi s’activent les employés d’Élections Québec. Je reconnais des visages croisés dans mon quartier sans pouvoir y mettre de nom. Mon copain vote sans difficulté. Rendu à mon tour, c’est plus compliqué. À l’adresse de notre appartement, on retrouve son nom et celui de Manon Beaudin, née le 22 janvier 1961. Je m’appelle Ariane Beaudin et je suis née le 22 janvier 1998.

Pour moi, il est évident qu’il s’agit d’un erreur lors de la retranscription des informations. Manon Beaudin ne peut qu’être que moi. Nous n’avons jamais reçu de courrier à ce nom, donc il ne peut s’agir d’une ancienne locataire et l’anniversaire concorde avec le mien à l’exception de l’année.

Sans surprise, les trois femmes derrière la table me disent qu’elles ne peuvent me laisser voter et que je dois voir avec la primo quelles sont les procédures dans une telle situation. On m’indique une chaise où attendre. J’y attendrai une trentaine de minutes dû au manque de communication : la primo, ne sachant pas qu’elle devait régler mon cas, vaqua à ses occupations tandis que les employés qui m’avaient aidé continuaient leurs tâches respectives, échangeant parfois avec moi des regards compatissants.

Ultimement, la dame vint me voir. Mauvaise nouvelle : elle me dit qu’elle ne peut rien faire pour moi. Décidément, conclut-elle en regardant mes pièces d’identité bien à jour, je ne suis pas Manon Beaudin. Ma copie du formulaire que j’avais rempli ne m’aide en rien : avec une seconde date erronée, la confusion est encore plus grande. Je dois aller là où l’erreur a été commise si je veux voter. Cependant, rien n’est garanti. Il est possible que je ne puisse pas voter du tout à cette élection.

Ainsi, je vais raconter à mon amoureux l’affaire. Je pique une crise de larmes. Si le Parti Vert gagne un siège, cela doit être ici, dans Verdun, mon vote est donc important. Je commence à m’imaginer des complots : cela m’arrive à moi parce que je suis pour le Parti Vert. Le pire me vient à l’esprit : les désastres climatiques nous emportent avec eux, les multinationales prennent le contrôle… Et je continue à pleurer ainsi une dizaine de minutes, maudissant le système électoral — qui devrait être proportionnel soit dit en passant ! — jusqu’à ce que je reprenne mes esprits.

Mon partenaire propose de me reconduire au coin de Bannantyne et de la 4e avenue. Je préfère passer à notre appartement pour prendre mon vélo. Ainsi, je pédale jusqu’au registrariat. La dame à l’accueil me dit que tout est fermé et qu’ils ne pourront probablement pas régler mon cas. Vague de colère en moi (que j’arrive à cacher). Elle me dit qu’elle va tout de même demander à sa supérieure, juste au cas où.

Heureusement, cette dernière a à coeur le droit de voter — ce que les autres personnes avec qui j’ai parlé ne semblaient pas avoir, voyant la situation comme si elle provenait d’une erreur de ma part, ce qui me faisait perdre ce «privilège». Elle m’explique donc que, effectivement, j’ai le droit de voter, mais que je dois voter à mon bureau de vote, en d’autres mots, pas ici, plutôt à l’endroit d’où je viens juste de partir. Je lui explique qu’on m’a pourtant envoyé ici. Celle-ci m’explique qu’elle ne comprend pas pourquoi ils ont fait cela, qu’ils avaient tout le nécessaire pour régler mon cas sur place et que, elle, elle ne pouvait rien. Toutefois, elle me dit son nom — que j’oubliai entre temps — et me dit qu’elle appellerait pour expliquer la démarche à suivre aux gens sur place.

Soulagée et frustrée à la fois, j’enjambe à nouveau mon vélo pour me rendre au bureau de vote. J’ai un étrange pressentiment que mon malheur n’est pas terminé. Pressentiment qui s’avéra exact. J’arrive donc là-bas. Je réexplique la situation à une employée. Certains visages me reconnaissent. On me dira éventuellement «pauvre jeune fille» et on complimentera ma détermination à voter tout en la questionnant un peu. On ira chercher la primo — j’attendrai moins longtemps cette fois — pour que l’on règle mon cas.

Je suis un peu stressée par mon oubli — celui du nom de la dame —, mais j’essaie de me relaxer en me disant que, de toute façon, elle a appelé, donc ils doivent bien avoir été mis au courant de la procédure à suivre. Mauvaise nouvelle : personne n’a appelé. Une deuxième ronde d’investigation par rapport aux démarches administratives s’entame. «C’est mon droit de voter», que je dis presque avec détresse.

On me demande d’aller chercher une femme qui est au téléphone dehors. Je la trouve et réexplique ma situation. La femme ne sait pas davantage comment régler le tout. Exaspérée, je commence moi-même à proposer des pistes de solution comme de contacter Huntington, mon ancienne circonscription, pour voir si j’y suis encore enregistrée. On me dit alors que je vais sûrement devoir aller voter là-bas, ce qui m’exaspère encore plus, parce que je pars en voyage le lendemain et que mon ancien bureau de vote est situé à une heure de route. J’avais déjà perdu assez de temps — j’avais encore tellement de choses à faire avant mon départ — et je ne voulais pas en perdre plus, surtout pas à cause d’une erreur administrative et non d’un oubli de ma part.

Ultimement, la dame du registrariat et la primo du bureau de vote entrent en contact. L’on sait quelle procédure suivre! On me fait prêter serment, c’est-à-dire, on me fait lire un texte fade où je dis être la personne sur le registre et puis je vote. Fin de l’aventure kafkaienne, dont je me serais bien passée.

 

Le Parti vert n’a aucun siège. La CAQ est le grand gagnant. Le PQ est décimé. L’opposition est libérale. Au moins, QS, en qui j’ai un peu perdu espoir depuis le départ de  Amir Khadir et Françoise David, a obtenu de nouveaux comtés.

Regarder Alex Tyrell être reconnaissant envers ses membres et célébrer la petite avancée de son parti — ils n’ont pas eu de siège, mais ils ont eu plus de votes que par le passé — m’aura aidée à ne pas sombrer dans le pessimisme total. La signature du Pacte, dans les dernières semaines, a réinssufflé un peu de cet optimisme en moi. Même si si peu de Québécois et Québécoises ont voté Parti vert, on dirait qu’un bon nombre se soucie tout de même de l’environnement.

 

Je me souviens de ma réaction lorsque j’ai découvert quelles étaient les intentions environnementales de François Legaut : un rire jaune. Celui-ci voulait bâtir plus de barrages hydroélectriques. J’ai repensé à cela aujourd’hui en découvrant sur Radio-Canada que ce dernier refusait de financer le parc éolien que proposait la Nation innue parce que cela n’était pas rentable tant qu’Hydro-Québec était en surplus énergétique. Les Innus, bien diplomates, ne semblent pas s’être fâchés de cette réponse. Personnellement, elle m’a fâchée un peu quand j’ai découvert quelques lignes plus bas dans l’article qu’Hydro-Québec serait probablement en surplus énergétique pour les deux prochaines décennies.

J’étais fâchée pour deux raisons. Tout d’abord, parce que ce refus de François Legault ralentissait le développement d’une communauté et d’une nouvelle expertise. Ensuite, parce que ce refus était à mes yeux la preuve ultime que Legault ne se soucie pas une minute de l’environnement.

Vouloir bâtir plus de barrages hydroélectriques pour sauver l’environnement est une blague : nous en avons déjà trop. Qui plus est, un barrage produit de l’électricité apparemment propre, mais cette énergie n’est pas exempte de conséquences. Des écosystèmes sont détruits par la construction de telles infrastructures. Des gaz à effets de serre émanent également de ces installations. Aller voir la pièce de théâtre J’aime Hydro et vous comprendrez que, malgré notre expertise en la matière dont nous pouvons être fière, l’avenir n’est pas de bâtir plus de barrages. Ainsi, lorsque Legault disait vouloir en construire davantage pour sauver l’environnement, pour moi, c’était comme s’il disait «Soit je suis stupide, soit je suis hypocrite quand je dis me soucier de la planète». En effet, sa seule soi-disant promesse environnementale n’avait aucun sens puisque nous n’avons pas besoin de nouveaux barrages.

 

Là-dessus, un petit mot pour François Legault. J’imagine que vous faites votre possible présentement pour les habitants des Îles de la Madelaine et on compte sur vous pour être un bon ministre pour eux dans ce moment de crise. Cependant, si vous croyez que le déni environnemental est sans conséquence sur la nation, vous avez tort. Les changements climatiques, ils sont ici et maintenant. Si vous voulez être un bon leader, vous devez penser aux générations futures. Je ne suis pas une caquiste et ne le serai probablement jamais, mais les Québécois et Québécoises ont donné le pouvoir à votre parti pour la première fois de l’histoire. Ne leur donnez pas tort.

Réflexions sur la science-fiction

Voyager.
Je n’en pouvais plus de la ville.

Aujourd’hui, je m’en ennuie. Pas pour la ville en soi. Je m’ennuie de la ville pour mon appartement, c’est-à-dire un endroit chaud pour lire tranquillement.

Du fin fond de mon hiver canadien, j’ai découvert des paysages magnifiques. J’ai aussi découvert le désert, celui de Nnedi Okorafor, auteure nigérienne.

Même si je rêve de m’enfuir dans la forêt depuis toujours, je n’ai pas pu arrêter de penser à la société que je quittais temporairement. Depuis toute jeune, je rêve de changer le monde. Malgré moi, ce détour dans la nature aura enclenché quelque chose dans ma tête qui m’aura poussée à réfléchir constamment à la technologie et aux futurs possibles.

Le roman de Nnedi Okorafor, Qui a peur de la mort?, que j’avais sous la main a certainement joué un rôle dans cela. En effet, l’oeuvre de science-fiction aura ranimé ma faim pour le genre. Loin de proposer des visions du futur qui font rêver,  Okorafor propose dans son livre un paysage africain dans un temps éloigné (après l’extinction des tigres, apprend-on, et après l’abandon de la technologie) rempli de magie et de traditions. Ainsi, se rencontraient la culture d’une Afrique imaginaire et les futurs possibles. Avec ce livre, j’ai eu l’impression de voyager dans l’espace et dans le temps avec des personnages forts et attachants. Un voyage à l’intérieur même de mon voyage donc.

Je lis énormément beaucoup, et ce, depuis toute jeune. J’ai un peu perdu foi en la fiction ces dernières années – préférant livres des essais et des biographies – , mais me voilà qui la retrouve. Je suis désormais convaincue que la littérature, spécialement le genre qu’incarne la science-fiction, est essentielle pour envisager l’avenir. Le point que j’avance n’est pas nouveau : les voix se font de plus entendre sur la toile à ce sujet. Qui plus est, le fait que le pouvoir politique se contente normalement de lister les problèmes plutôt que de les régler avec audace ne fait que renforcer cette idée.

La science-fiction, comme on le sait tout, est rempli de sous-genres. Bien que la diversité est une richesse en soi, il y a un type d’oeuvres bien préci dont nous avons besoin et il s’agit de l’ambitopie. J’emprunte ici le terme à Redfern Jon Barrett.

Les dystopies, quoique divertissantes et de plus en plus nombreuses sur les étagères, ne sont pas le genre d’oeuvre que j’ai en tête lorsque je dis que dis que nous avons besoin de la littérature en ces temps cruciaux. En effet, nous avons besoin de rêver le futur pour garder espoir : les dystopies ne font que contribuer au pessimisme ambiant.

Les utopies ne sont pas nécessairement à privilégier non plus car, par définition, elles n’apportent pas un cadre fertile au récit. En effet, puisqu’il s’agit d’un lieu où tout est parfait, il n’y a pas de place pour des situations conflictuelles qui permmetraient une progression dans le temps intéressante. D’ailleurs, il n’est pas particulièrement agréable de lire sur des sociétés parfaites lorsque l’on ne vit pas personnellement dans l’une d’elles.

Il faut trouver le juste milieu et il s’avère que ce juste milieu a désormais un nom : l’ambitopie. En résumé, l’ambitopie est un récit où une société tente de devenir une meilleur société. Dans le cadre de la littérature ambitopique, l’on peut voir la dystopie et l’utopie si le coeur de l’auteur y est. La plausibilité du futur est d’autant plus grande si la tentative ne prend pas place après un désastre ou sur une autre planète. Le mouvement solarpunk commence lentement à bâtir une littérature dans cette vague. Étant moi-même passionnée d’écriture et de l’émergent mouvement solarpunk, j’ai (re)commencé à écrire de la science-fiction qui se veut tant bien que mal véhicule pour des pistes de solutions aux problèmes auxquels nous faisons face aujourd’hui.

Tout en noircissant quelques pages, j’ai continué à tergiverser sur la science-fiction. J’en suis venue à une autre conclusion : il s’agit d’un exercice extrêment riche que d’essayer de saisir une culture par sa science-fiction. L’on peut y voir les espoirs et les craintes d’un peuple, ainsi que leur rapport à la science et à la technologie. J’ai un petit dada pour la littérature africaine, mais qui sait ce qui passera en prochain sous mon radar . Je suis plus qu’ouverte aux recommendations évidemment. Ainsi, je compte continuer de voyager à travers le monde (et le temps!) dans les mois qui suivent, mais grâce aux mots uniquement. Bonjour les économies!