Comment je perçois l’école aujourd’hui

Samedi 15 décembre. Je me retrouve entourée de nouveaux collègues de travail. La saison commence chez Pente à neige, centre de plein air urbain. C’est la pause du midi. À ma gauche, une bande de jeunes qui ont beaucoup de plaisir : je ne peux pas croire qu’ils ne se connaissaient pas avant aujourd’hui. À ma droite, des gens plus âgés et deux jeunes hommes qui parlent. À ma gauche immédiate, une jeune femme sur son téléphone et devant, une autre qui dessine. J’observe, ne voulant pas lire mon livre, cherchant une manière de connecter avec ses inconnus que je vais côtoyer au cours des prochaines semaines.

Rapidement, je constate que ma meilleure chance de socialisation repose devant moi. Je complimente la dessinatrice et la questionne sur son art. À un certain point, elle me dit qu’elle aimerait faire de la bande dessinée, voire transposer ses dessins en animation. Sans même m’en rendre compte, me voilà en train de vanter la technique de dessin animé du Cégep du Vieux-Montréal. Pas super pour une personne qui dit que le système d’éducation ne fonctionne pas. À cette suggestion, mon interlocutrice se fâche. Ayant apparemment vécu des mauvaises expériences par le passé, elle dit que l’école n’est pas un bon endroit pour apprendre. Elle préfère apprendre par elle-même.

C’est donc avec surprise que je vois cette conversation devenir une remise en question pour moi. Je me rends compte alors que les institutions sont encore dans ma tête l’archétype par excellence pour apprendre.

 

Dans une autre conversation avec un ami, celui-ci me dit qu’il faut «s’émanciper de l’école». Aussi intelligent que cela puisse paraître – et aussi aligné avec mes valeurs que cela puisse être –, ici également, je reste surprise.

En fait, je constate que, maintenant que ma rage est derrière moi, j’ai fait la paix avec le système d’éducation. En réalité, j’ai simplement une perception nouvelle de l’affaire.

Comme je l’ai déjà évoqué dans cet article, je retourne aux études cet hiver. J’ai décidé de quitter mon baccalauréat en Relations internationales et droit international pour une technique intensive en informatique au collégial. J’aurais pu apprendre l’informatique par moi-même vu l’immensité de ressources en ligne, mais j’ai privilégié le cégep, notamment à cause de la possibilité de réseautage que cela comprend.

En effet, je suis bien décidée à faire de mon an et demi sur les bancs d’école un moment rempli de connexions humaines. Je veux me faire de nouveaux amis, je veux établir de vraies relations avec mes enseignants et – qui sait – je vais peut-être même me faire des contacts dans l’industrie.

Après un bon 8 mois hors des institutions scolaires, je me rends compte que je me suis malgré moi isolée. Dans le cercle vicieux des jobs étudiantes, on ne rencontre pas toujours les perles rares tandis que, dans un programme que l’on a choisi de plein gré, on a plus de chance de rencontrer des gens avec des idées et des valeurs similaires aux siennes. Ainsi, c’est une des raisons pourquoi maintenant je rêve de faire un DEP en horticulture après mon DEC : pour rencontrer des gens qui aiment la nature et qui sont sensibles à sa beauté.

Donc, le fait que je vois désormais les institutions scolaires comme un lieu de rencontre est l’une des manières dont ma perception est altérée. Cependant, ce n’est pas tout.

 

Bien que je suis consciente de la persistance des problèmes du système (vous pouvez consulter le manifeste à ce sujet), je ne m’en soucie plus autant, du moins en ce qui concerne mon expérience propre. Laissez-moi m’expliquer. Je pense que c’est encore problématique que les coûts universitaires soient faramineux. Je crois encore que les méthodes d’évaluation ne représentent pas réellement si l’on a appris ou non la matière donnée. Je crois encore que l’approche pédagogique générale laisse à désirer.

Toutefois, je ne me sens plus victime de cela. Comme je n’arrive plus la tête pleine de rêve, l’affaire est moins dangereuse. Consciente des lacunes, je prends mon éducation en charge malgré mon appartenance à une institution. Dans un monde idéal, oui, c’est le professeur qui m’apprend. Cependant, nous ne sommes pas encore dans un monde idéal. Ainsi, le professeur, le cégep, les tuteurs, etc. sont des outils avant toute chose.

Bref, maintenant je vois les instituions scolaires comme des ressources de grande valeur, mais qui ont un potentiel uniquement lorsque l’élève prend en charge son parcours et ses apprentissages.

Pour cela, il faut une grande maturité. Les jeunes qui débarquent du secondaire ne l’ont sûrement pas. Les nouveaux étudiants de l’université peut-être pas non plus. C’est pourquoi c’est encore une importante problématique, mais c’est aussi pourquoi je ne vais pas me priver de l’expérience que celles-ci peuvent m’apporter.

 

Bien sûr, au fond de moi, j’aimerais que l’on vive dans une société où l’on s’émancipe de l’école telle qu’on la connaît. Je ne crois pas que l’État a nécessairement son mot à dire sur ce que tout un chacun doit apprendre. Je crois que l’éducation doit être décentralisée et guidée par la curiosité de chacun. Et je crois que c’est possible de vivre cette version de l’éducation aujourd’hui en 2018.

L’ère numérique nous donne accès à tant de ressources. Les livres électroniques, les balados, les chaînes Youtube éducatives pullulent. Je crois que, tant que nous prendrons le temps de partager nos idées et de partager nos connaissances avec les autres, notre lutte parallèle ne sera pas perdue.

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