Nous avons assez d’intellectuels

Voyez-vous, je suis tombée par hasard sur le livre du maître Osho qui s’intitule Innocence, connaissance, émerveillement. Le titre promet de renouer avec l’enfant curieux que l’on était, que l’on a perdu en grandissant. Je m’attendais donc à une lecture qui fait sourire. Je me suis retrouvée face à une lecture qui m’aura complètement bouleversée.

J’ai toujours été fière d’être une intellectuelle. Ayant été élevé dans la campagne par un père garagiste et une mère fonctionnaire, je ne pourrais pas dire que mon background familial fût la source de mon émerveillement envers le monde des idées. En fait, peut-être un peu. Voulant de manière obsessive me distinguer de mon entourage, je me suis retournée vers celui-ci puisque ce dernier n’intéressait personne.

J’ai toujours été fière d’être une intellectuelle et ma mère ne m’a jamais vraiment blâmé d’avoir des bonnes notes à l’école et de vouloir étudier les arts libéraux. Cependant, elle me rappelait souvent qu’il était primordial que je me trouve un partenaire manuel pour compenser. Les soupirs que j’ai lancés à cette remarque sont nombreux. Et pourtant, je peux dire que je suis sortie avec un homme extrêmement manuel comme elle me l’a conseillé et un homme extrêmement intellectuel comme je le désirais. Ce n’était le bonheur parfait aucun des deux.

J’ai toujours été plus mature que les gens de mon âge. J’ai eu mes moments de buveries comme tout le monde (voire un peu plus souvent que pour la majorité). J’ai dansé, couché à droite et à gauche et j’en ai tiré beaucoup de plaisir. Cependant, aujourd’hui, ma définition d’une soirée parfaite ressemble à cela : un souper tranquille entre amis où l’on discute de grandes idées et de développement personnel en buvant du thé. Et j’ai 20 ans. Est-ce que je vends ma jeunesse à mon intellectualisme?

Je ne pourrais pas répondre à cette question. Je ne pourrais pas non plus dire si les gens dans une situation similaire à la mienne sont nombreux. Je sais que je ne suis pas seule : mon ami de longue date, Antoine, est décidément dans le même bateau que moi. Ensemble, nous entretenons une quête : celle de connecter avec les intellectuels de Montréal. Nous aimons notre cercle d’ami d’amour, mais l’on n’y trouve pas la vivacité d’esprit et l’ambition des gens qui osent réinventer le futur. Antoine et moi, étant déconnectés du milieu universitaire, peinons, du haut de nos vingt ans, à entrer en contact avec notre inteligencia rêvée.

Aujourd’hui, je requestionne cette quête. Je m’apprête à avancer qu’elle est vaine. Nous n’avons pas besoin d’intellectuels, nous en avons trop. C’est ce qu’Osho me glisse à l’oreille. Ces mots réveillent en moi une étrange sensation : un mélange de compréhension et d’incompréhension. Ces mots goutent la désillusion que j’ai goutée avec l’université.

Quand j’ai quitté l’université, j’étais convaincu que celle-ci ne formait pas correctement les individus qui y entraient. J’ai crié à l’absurdité, à l’hyperspécialisation, à l’aliénation. J’ai cru que devenir un autodidacte était la solution. En effet, en mettant les outils pour apprendre par soi-même entre les mains du peuple, ne le libérons-nous pas du joug de l’oppression? Quand les gens apprendront par eux-mêmes, ne cesseront-ils pas de juger, consommer et polluer? L’information n’est-elle pas l’arme utile dans cette ère?

Apparemment non. Apparemment, il nous faut des gens qui méditent, qui sont amoureux et qui aiment faire les choses pour le plaisir de le faire.

Je croyais que le système d’éducation avait détruit une part de nous, mais je me trompais sur le morceau en question. Je croyais qu’il avait simplement détruit notre curiosité intérieure avec ses examens et ses délimitations, mais en fait, il a détruit notre sens de l’émerveillement et de l’amour.

 

Ainsi, Osho revendique que l’on doit oublier toutes nos connaissances. Il nous demande de faire preuve du courage de Socrate et laisser derrière nous nos savoirs abstraits, car nos savoirs abstraits, au final, sont vides de sens. Osho nous dit que le scientisme à l’extrême nous aveugle : trop concentrés sur le monde extérieur, nous oublions notre monde intérieur. Je crois effectivement que cela est le mal du siècle. Il nous prie d’accepter que certaines choses – surtout celles du monde intérieur, comme la vie, la beauté et l’amour – soient inexplicables. Il nous dit d’apprendre à aimer avant d’apprendre à apprendre. Il nous dit de rester un miroir devant autrui afin de capter purement ce qui est transmis, sans le filtre de nos connaissances qui ne sont en réalité qu’une machine à jugement.

Osho nous dit de ne pas devenir érudits, ni de devenir moines. Il nous dit qu’il faut être un enfant innocent, surpris, émerveillé. Il nous faut plus d’enfants joueurs et moins d’adultes calculateurs. Il nous faut plus de simplicité.

Alors que je rêvais plus jeune de m’entourer de scientifiques et penseurs en tout genre, j’ai lentement vu ce rêve changer. Dernièrement, je me suis retrouvée à concevoir ainsi, mon entourage idéal : une bande d’artisans avec qui l’ont peut parler de tout et n’importe quoi. L’art de créer me semble plus noble que tout.

Tandis que je repense à ma mère et à la dualité intellectuel-manuel, je constate que la relation amoureuse dans lequel je me trouve nous comble toutes deux : mon copain, un futur charpentier, ne s’effraie pas devant ma poésie ou mes grandes idées. Bien qu’il ne comprendra peut-être jamais entièrement mon jargon informatique, il comprend les enjeux qui me tiennent à cœur et consent à y réfléchir lui aussi. Il accepte de vivre selon nos valeurs, plutôt que selon ceux de la société.

Ainsi, je le répète une fois, nous avons assez d’intellectuels. Les connaissances accumulées nous coupent des autres, de soi et de l’émerveillement. Il faut désapprendre pour mieux apprendre. Il faut l’action. Il faut le moment présent.

2 commentaires

  1. Bel article ! Et je confirme que pour ton âge tu sembles très mature mais pas uniquement intellectuellement aussi spirituellement ( les valeurs sont nos moteurs dans la vie et les gens mettent beaucoup de temps avant de s en rendre compte).

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