Pourquoi j’ai quitté l’université (car les études ne devraient pas être absurdes)

Arrivée à l’université, je n’ai pas été si déstabilisée. Mes années au secondaire dans le Programme d’éducation international (P.E.I. pour les intimes) et celles au cégep en Histoire et civilisation m’avaient bien préparée. Après tout, j’ai toujours été une nerd finie.

Pour vous mettre en contexte, à ma première session à l’UQAM, j’avais trois emplois – je payais mes études et je ne voulais en aucun point m’endetter – et j’ai réussi à obtenir une côte Z de 4 et une mention d’excellence au colloque annuel de mon programme, c’est-à-dire le Baccalauréat en Relations internationales et droit international, aussi appelé le BRIDI. J’arrivais même à trouver le temps d’avoir une vie sociale, de faire de l’exercice physique et de cuisiner mes propres repas. Au cégep, je travaillais du 30h semaine au début aussi et j’appréciais tout de même mon expérience, j’avais les mêmes bonnes notes. Effectivement, je crois que si je n’avais pas eu à payer pour mes études, l’affaire aurait été un tantinet différente, mais ultimement, ce n’était pas une affaire d’argent. En fait, j’ai commencé à avoir des doutes quant à la pertinence de ma présence à l’université parce que je trouvais le tout absurde, ni plus ni moins.

Depuis mes 15 ans, je disais vouloir étudier en Relations internationales. Je disais aussi vouloir comprendre le monde et, attendez pour le meilleur, vouloir le changer. Voilà qu’à 19 ans, je rentre dans mon «programme de rêve». Au menu, cours d’économie, d’histoire, de politique, de droit, de langue, de philosophie! Pour la diversité, je suis comblée. Mais laissez-moi vous présenter les éléments absurdes qui m’ont fait désillusionner.

 

3 cas d’espèces :

A. Le cas du cours d’Arabe I que je n’ai pas trop bien suivi en raison d’alcoolisme, de crises d’angoisse, de flegme et de prof absent

-L’objectif : savoir lire et écrire en arabe et acquérir le vocabulaire de base .
-Pour l’examen final, je me contente d’une période d’étude désespérée en écoutant des binaural beats pour l’apprentissage de langue un peu avant l’évaluation: verdict, je connais peut-être le trois quarts des lettres de l’alphabet pour les prochaines heures. Verdict final : 89% pour la session, en haut de la moyenne, je ne sais pas lire un étiquette d’aliments dans une épicerie arabe.  (C’est ce que j’appelle de l’argent mal investi et des connaissances mal évaluées)

B. Le cas du cours de philosophie politique vs le cours d’histoire (une question de niveau de difficulté loin d’être homogène)

-En philo, nous avons des points de participation gratuits si l’on se présente en classe pour des discussions, les examens sont à choix de réponses, nous avons toutes les questions et les réponses d’avance, et la question à développement de l’examen final était de présenter notre philosophe préféré parmi ceux vus pendant la session.

-En histoire, les examens sont des questions à développement et des dates apprises par cœur. À la question, combien de pages devrions-nous écrire, l’enseignant répond autant qu’il est possible dans les 2 heures alloués et, comme travail de session, un travail de 10 pages interligne double qui demandent d’en avoir lu 1000 et plus.

-Et pourtant, les deux valent le même nombre de crédits. A+ vs C-. Et pourtant, les efforts fournis pour le C- étaient  probablement deux fois plus intenses que pour le A+.

C. Le cas de la spécificité

Je suis un peu déçue de maintenant être une experte dans des sujets qui n’intéressent presque personne, notamment :

-L’Opération des Nations unies au Congo dans les années 1960
-Le cas de l’indépendance du Cameroun anglophone à l’heure actuelle
-Les énergies renouvelables en Chine
-L’autonomie décisionnelle du Premier ministre au Canada

 

Bref, il y a des choses qui peuvent être absurdes et d’autres qui doivent ne pas l’être. Les voyages improvisés peuvent être absurdes, les jobs étudiantes peuvent l’être aussi, mais clairement pas l’éducation qu’on reçoit à coup de 3700$ la session.

En somme, je n’ai pas trouvé l’université extrêmement plus difficile que le cégep ou même le secondaire. Je considère seulement que l’université requiert que l’étudiant investisse plus de temps sans nécessairement fournir une raison valable à cet investissement supplémentaire (qui plus est, plus on vieillit, moins on a le temps puisque les 1001 responsabilités de l’adultie embarquent).  Ce que j’entends par là, c’est que les travaux sont rarement stimulants, parce qu’ils ne ciblent pas les intérêts de l’élève, et sont peu utiles une fois produits. Personnellement, je n’aurais pas de problème à travailler davantage pour des choses que j’aime ou qui peuvent aider les autres. Cependant, l’hyperspécialisation prônée par le milieu universitaire ne se prête pas à cet exercice. Alors, on consacre des heures et des heures à lire des textes qui pourraient être résumés en une demi-page et à remplir des fichiers Word de mots qui ne seront lus qu’une fois. C’est dommage que le temps soit une chose extrêmement précieuse et que l’on ne puisse jamais ravoir le temps que l’on a perdu.

Mon temps à moi, j’ai décidé que je voulais le consacrer à ce qui comptait vraiment à mes yeux. Et ça, ce n’est certainement pas un diplôme qui ne garantit rien.

L’humour absurde, c’est mieux que les études absurdes, êtes-vous d’accord? Avez-vous déjà vécu des situations similaires aux miennes? Avez-vous des revendications pour rendre le système plus cohérent, plus enrichissant, pour tout un chacun? Le Manifeste de l’étudiant insatisfait regroupe déjà une dizaine de revendications pour faire avancer le débat sur le système d’éducation actuel. Ajoutez votre grain de sel au vent de changement.

2 commentaires

  1. J’aime beaucoup votre blog. Un plaisir de venir flâner sur vos pages. Une belle découverte. blog très intéressant. Je reviendrai m’y poser. N’hésitez pas à visiter mon univers. Au plaisir

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